22 novembre 2009

Un service

Ils prirent une lampée de cognac. Tanguay demanda :

Tu disais que tu voulais me demander un service?

Oui, dit Carl. Écoute, il y a une grosse soumission à Longueuil. C’est un centre culturel.

Un centre culturel, à Longueuil?

Oui, oui. Le maire s’est mis dans la tête de mettre Longueuil sur la map, question culture. C’est un bâtiment assez important, un projet d’à peu près cent vingt millions.

Wow. Mais il me semble avoir lu dans le journal local que c’était un aréna que le maire fait construire.

Oui, l’aréna c’était le projet de cette année. Le centre culturel, c’est le projet de l’année prochaine. L’aréna, c’est pas moi qui a eu le contrat, j’ai du passer mon tour. Mais pour le centre culturel, disons que je pense avoir de bonnes chances d’être choisi. En fait, et je rentrerai pas dans les détails, mais il y a comme un consensus dans l’industrie que c’est moi qui va gagner cet appel d’offre -là. Les autres contracteurs importants de la région ont soit décidé de ne pas soumissionner ou soit vont probablement, si je peux dire, soumissionner à un prix supérieur au mien.

Hum. Je vois ce que tu veux dire.

C’était la même chose pour l’aréna. Je savais d’avance que je soumissionnerais trop haut. Il y a comme de la télépathie entre les contracteurs dans une région, tu vois.

Ha, ha! De la télépathie. Elle est bonne celle-là. Vous vous feriez pas des petits caucus, des fois? Question de vous séparer les projets entre vous autres?

Carl balaya de la main la dernière réplique de son frère, parce qu’il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire.

Peu importe, dit Carl. Bref, il y a un contracteur qui semble ne pas avoir compris que le centre culturel, c’est pour moi. J’ai tenté de lui faire comprendre subtilement qu’il était inutile de soumissionner, que c’était probablement perdre son temps, etc. Mais il semble vouloir faire à sa tête.

Je te vois venir.

Bin, j’aimerais ça lui passer un message plus clair, mais anonyme. Du genre: « Tu devrais pas répondre à l’appel d’offres du centre culturel de Longueuil, sinon on sait jamais quel accident il pourrait t’arriver. » Tu vois ce que je veux dire?

Hm, Hm. O.K. C’est beau. Pas de trouble. Je vais m’occuper de ça. De toute façon, comment est-ce que je pourrais refuser un petit service à mon grand frère?

Ils rirent en silence en vidant leur verre de cognac.

19 novembre 2009

Nuée

16 novembre 2009

Autoroute 720

Au centre-ville, je marche sur le trottoir. J'entends une voix:

– Pardon!

Ne sachant si c’est à moi qu’on parle, je continue mon chemin.

– Pardon!

– Oui?

Dans une camionnette, une dame m'interpelle. En cette heure de pointe, les voitures se suivent en file, bloquées par un feu rouge. Je croise le regard de la dame, qui se gare sur le bord de la rue pour mieux pouvoir me parler.

– C'est par où l'autoroute?

– Pardon?

– Comment je peux prendre l’autoroute?

– Euh, ça dépend quelle autoroute.

– L'autoroute Décarie.

– Euh. Il y a l'autoroute Décarie, l'autoroute Ville-Marie. Vous voulez aller dans quelle direction? Vers le nord? Vers l'ouest?

– Oui, vers l'ouest.

– Ça sera Ville-Marie, alors.

– Oui. C'est ça.

– C'est la 720. Vous continuez tout droit jusqu'au bout de la rue. Il y aura des indications pour la 720.

La dame a l'air heureuse.

– Merci!

Elle s'insère dans le trafic et poursuit son chemin. J'espère seulement qu'elle voulait vraiment aller vers l'ouest. Bof. Peu importe.

12 novembre 2009

L'avion a dû faire demi-tour

11 novembre 2009

La nouvelle nouvelle vague

C'est un de ces films français moderne qui se prend pour un faux film hollywoodien. Il met en scène des personnages très sérieux qui s'interpellent par des noms à consonance anglaise, du genre Greg ou Melvin. Une jeune femme, plutôt jolie et très athlétique, assomme des hordes de méchants, simplement vêtue d'un jeans et d’une camisole (et probablement pas d’un soutien-gorge). Le scénario a la complexité d'une BD de douze planches. Beaucoup de scènes d'action, des bagarres, quelques engueulades, un canevas qui fait dans la science-fiction, mais ancré dans le présent, question de limiter l'ampleur des effets spéciaux. Il est question d'un monde dans lequel les citoyens sont suivis à la trace par des caméras vidéo, ce qui est un prétexte pour diminuer les coûts de production en insérant un maximum d'images filmées avec des caméras de surveillance et des caméscopes grand public. Sans raison apparente, les personnages se mettent parfois à se parler en anglais avec un accent bizarre. À quelques occasions, pendant une scène de bagarre, un long travelling au ralenti pivote autour de l’héroïne, sur une musique techno. Aux trois quart du film, un des personnages explique laborieusement la clé de tous les mystères : des explications vagues et peu convaincantes concernant des intérêts financiers pas très nets, une technologie révolutionnaire, un complot militaire et des politiciens corrompus. S’ensuit une longue poursuite et le tout culmine avec un carnage final permettant à l’héroïne de terrasser le chef des méchants. Le film se termine alors que l’héroïne, blessée, la camisole trempée de sueur et de sang, enfourche sa moto, traverse un mur de feu et s’éloigne dans la nuit. Puis, le générique de fin défile, accompagné d’une chanson, la chanteuse susurrant des paroles en anglais avec un drôle d’accent.

C'est un de ces films français moderne qui se prend pour un faux film hollywoodien et qui alimentera la grille horaire de canaux câblés de Pologne ou d’Estonie, aux petites heures du matin.

10 novembre 2009

La réplique géniale de la semaine

"Melvin?"
"Oui."
"Pourquoi elle ne se souvient de rien?"
"Ils lui ont refoulé la mémoire."

(Entendu dans une mauvaise série télé diffusée sur le web.)

9 novembre 2009

Instantanés

En ville, les arbres maintenant effeuillés laissent voir les nombreux nids d'écureuils, ces gros tas de feuilles mortes comme en suspension dans les branches. Ça permet de mesurer l'ampleur de la (sur)population de ces rongeurs. Il y aura amplement de quoi amuser les touristes européens l'été prochain.

* * *

Il fait plus de 15 degrés en ce 9 novembre et les oiseaux, confus, pépient à tue-tête comme si c'était déjà le printemps.

* * *

Ce matin, à dix heures trente, alors que l'heure de pointe est bien terminée, dans les couloirs presque déserts du métro une femme offre une langoureuse interprétation de la chanson "Feeling" au saxophone. Sur le quai, alors que l'air nostalgique nous parvient comme un écho, j'espère que personne n'ira se jeter devant le prochain train.